Carnaval

Vous avez entendu parler du carnaval de Rio de Janeiro ?

et du carnaval de Venise ? comment on y chante et comment on y danse. Ca vous a plu ? ...Vous en demandez encore ? Alors écoutez l’histoire du carnaval d’Oruro ...

Nous sommes le samedi 21 février a Oruro

ville bolivienne au beau milieu de l’Altiplano. Plus de 30000 danseurs déambulent dans la rue, fiers représentants de la jeunesse bolivienne. Pendant ce temps, dans un face à face acharné s’affrontent les spectateurs des tribunes. Des deux cotés, les plus audacieux lancent sur leur vis à vis bombes à eau et pétards. Les plus exposés, quant à eux, en sont réduits à se défendre avec leur parapluie contre les raids de crème à raser et autres armes particulières de cette journée de fête.

Et si vous avez le malheur de vous promener entre les tribunes

placées tout le long des rues de la ville coloniale, vous devenez une cible prisée pour les "snipers" postés sur les terrasses. On ne vient pas au carnaval d’Oruro sans son Poncho et sans son parapluie... évidemment, à l’arrivée des danseurs, les jets de projectiles cessent pour leur laisser la place, à eux les rois de la fête.
Dès le samedi matin, le défilé commence. Chaque participant porte le costume dans lequel il a placé une bonne partie de ses économies. Et pour cause : ils sont d’un raffinement extrême. Un costume vaut en effet une fortune et de nombreuses heures de travail. Rien qu’à lire la fierté dans le regard des participants, on le devine aisément.

Chaque groupe représente une région ou une ethnie de Bolivie

et est composé de plusieurs centaines de danseurs, qui sont la vitrine de leur région ; évidemment, on voit les plus beaux "spécimens" de la jeunesse bolivienne. Les plus anciens, quant à eux, composent la fanfare à l’arrière de chaque cortège. Ils donnent l’impression d’être les plus heureux de la troupe, tant leur joie de vivre est communicative. Vêtus du même costume et de la même cravate, ils enchaînent inlassablement les rythmes de l’Altiplano, à l’aide de trompettes, de tambours et d’autres grosses caisses. Le rythme est à deux temps et règle les différentes danses qui se succèdent.

Les groupes les plus connus sont ceux de l’Altiplano

et de ses villes principales : Oruro, La Paz, Potosi et Cochabamba.
La danse "caporale" est la spécialité de La Paz. Le costume des hommes fait référence à celui des toréadors espagnols. L’un des buts est en effet de caricaturer les Conquistadores espagnols tout en démontrant la richesse des traditions andines. Larges épaulettes, paillettes en-veux-tu-en-voila, chapeaux et grosses bottes sur lesquelles sont accrochées de petites clochettes, qui se mettent en branle simultanément à chaque coup de tambour, quand les lourdes chaussures frappent le bitume. La danse est virile, sportive, réellement vivante.
Quant à la danse des femmes, elle se base sur un déhanchement qui fait inévitablement tourner les jupes à hauteur de la ceinture, dévoilant ainsi leurs superbes jambes. Leur costume est tout aussi riche que celui de leurs partenaires masculins. Autant les vêtements et les danses des hommes sont virils, autant ceux des femmes font place à la féminité, au charme, et à la grâce. On devine une grande estime de part et d’autre.

Les groupes de toutes les régions du pays andin sont au rendez-vous

Apres les "caporales", viennent les "Guaranis", représentant le Béni, la partie tropicale de la Bolivie. Ils contrastent fortement avec les précédentes "caporales". Le physique des danseurs, déjà, est différent : ce sont des indiens des régions amazoniennes. Petits et agiles, ils présentent au public une danse faite de sauts successifs et de grands mouvements des bras et du corps. Très souvent, ils sont torses nus, simplement décorés de plumes et de grandes ceintures à franges. Les déguisements font allusion aux indiens d’Amérique du nord. En effet, l’origine de ces communautés est un mélange entre indiens du sud et du nord du continent américain. Leur danse est certainement la plus éprouvante de toutes, d’autant plus que venant des basses terres, ils ne sont pas habitués aux quasi 4000 mètres d’altitude d’Oruro ! .
Les groupes de la province de Potosi constituent un ingrédient indispensable du carnaval. Rien à voir avec l’orgueil affiché des "caporales". Là, prime la bonne humeur, les chants mélodieux et surtout les danses déroulées et non plus saccadées. Ils tournent sur eux-mêmes, courent, s’entremêlent dans un concert de couleurs et de sons. Leur costume est très typique : beaucoup de bandeaux et de lanières accrochées à la ceinture de toutes les teintes. Sandales aux pieds, ils tapent le sol en rythme avec toujours l’un d’entre eux pour lancer un petit "Vamos, aaiiiiiii !" bien enthousiaste. Ici, les femmes et les hommes sont mélangés, contrairement aux groupes d’influence latine, peut-être en raison des origines Aymara et Quechua bien plus marquées dans la population de la ville de Potosi.

Mais tout ceci ne constitue que le gros de la troupe

Car chaque région de Bolivie apporte son rythme, ses couleurs, ses traditions. Et pour le bonheur de tous, la Bolivie est riche d’une grande diversité tant pour ses paysages que pour sa population. Au carnaval d’Oruro se côtoient boliviens de l’Altiplano, Guaranis du bassin amazonien, boliviens de l’Oriente et des Yungas, autant de communautés qui constituent le riche patrimoine culturel du pays.
Parfois, entre deux groupes "officiels", s’exhibent des groupes informels, groupes d’amis déguisés en Frankestein ou autre monstre, improvisant des danses et des numéros. Malgré leur franc succès, eux ne seront pas épargnés par les lanceurs de bombes à eau...
Tout le monde s’amuse ici : les grands, les plus grands et les tout petits ; tous ont leur place. Le carnaval d’Oruro est véritablement une fête gigantesque....
Le public est ravi, lui aussi fait partie du spectacle, il applaudit, il frappe dans les mains le rythme de l’orchestre, il chante mais surtout il motive tous ces danseurs qui en ont besoin tant leur parcours est long.

Car pour parcourir les 8 km du parcours parsemé de confettis, il faudra près de 10 heures d’efforts aux valeureux participants. Ce sont épuisés mais heureux qu’ils arriveront au Sokavon, lieu de rassemblement de tous les groupes. Là, toutes les fanfares s’en donneront à coeur joie, se mélangeant les unes aux autres. Puis, un à un, les danseurs iront à l’église remercier Dieu ou la Pachamama, la Terre Mère, et prononcer leurs voeux d’amour et de fidélité.
Malgré la fatigue et la nuit tombée, les festivités continuent car les participants doivent rejoindre leur foyer pour une fête plus intime, en famille. Et quand ils en auront assez de chanter, de boire et de danser, on leur rappellera qu’on ne dort pas durant le carnaval... et il sera temps de remettre les superbes costumes pour retrouver les autres danseurs au Sokavon, vers 4 heures du matin.

Le rassemblement au Sokavon en plein milieu de la nuit

est le moment le plus intense du carnaval. Tous les groupes y jouent en même temps. Les fanfares s’entremêlent, des couples se forment pour danser une "cueca", danse bolivienne traditionnelle ou l’homme fait la cour à sa cavalière à l’aide d’un mouchoir tournoyant au bout de son bras.
Vers 8 heures le dimanche matin, malgré les cernes et l’estomac mis à rude épreuve, le carnaval reprend ses droits. Sur le même parcours que celui de la veille, de nouveau les danseurs, de nouveau les fanfares, de nouveau la joie dans toute la ville. Malgré la motivation évidente des participants, il arrive d’en voir un courir après son groupe... Celui là aura eu besoin de ses quelques heures de sommeil, le lâche !! Et évidemment, pendant ce temps, les tribunes continuent à s’affronter...
Oruro est bien le centre du carnaval mais seulement le centre. Car en même temps, dans toutes les villes de Bolivie, dans tous les villages de l’Altiplano, dans chaque foyer, le carnaval est présent. Qu’importe les soucis, la maigre récolte, car pendant trois jours, c’est la fête et rien ne l’arrêtera. Tellement vrai qu’en 1879, lors de l’invasion du littoral bolivien par l’armée chilienne, l’adversaire ne rencontra aucune résistance pendant deux jours. Il progressa de plus d’une centaine de kilomètres sans tirer un coup de feu ! L’attaque se déroulait en plein carnaval et il était impossible de mobiliser qui que se soit. Depuis ce jour, la Bolivie n’a plus d’accès à la mer. Elle continue cependant à le revendiquer aujourd’hui. Cela peut paraître incroyable mais lorsqu’on a vécu le carnaval, cette histoire devient une évidence.
Les boliviens oublient tout pendant une semaine. Et ils oublient tellement que personne ne s’étonne de l’annuel boom démographique, environ 9 mois après le 21 février ! Et pour le nom des pères, beaucoup ont le même : "pepino", soit "le gars du coin" !

En réalité, le carnaval commence bien avant le 21 février

L’ouverture se fait dès le 24 janvier, avec les "Alasitas", autre fête religieuse gigantesque tirant sa source dans la légende Aymara de l’Ekeko.
La feria des "Alasitas", qui veut dire "achète moi" en langue Aymara, est une réunion de milliers d’artisans, qui, avec leurs mains habiles, transforment la matière première en objets miniatures pour les vendre lors de cette fête.
Pour tous les Aymaras, assister à la feria signifie s’illusionner avec des maisons qu’un jour ils construiront, des billets qu’un jour ils posséderont, en somme c’est acheter des objets avec l’espérance que les voeux se réaliseront ...

La bénédiction de midi du 24 janvier vient légitimer cette conviction

La coutume veut que l’on bénisse les objets achetés, comme une reconnaissance aux Dieux. Aux douze coups de midi, c’est le grand moment. Un concert d’illusions où chacun pense à ses rêves : la maison, la maladie guérie, le diplôme, la voiture, l’amour.
Quoi de mieux que de s’acheter des centaines de billets en papier, d’imaginer en vrai un faux billet d’avion, tout en prenant un "api" chaud, boisson à base de mais, recommandé par la vendeuse ? Le meilleur moment passé aux Alasitas, on le passe peut-être dans les stands savourant une boisson locale avec une gigantesque "empanada" au fromage.
Et tout se passe sous la protection de l’infaillible Ekeko, pour que jamais ne manque de pain, un verre d’huile ou des sardines dans les foyers et pour que la feuille de coca sacrée guide leurs pas.

L’Ekeko est populaire, généreux et compréhensif

Son visage exprime le bonheur. Sa moustache marque la sincérité de son sourire. Il porte un chapeau du style des Mallkas, et des sandales pour montrer ses origine andines. En l’Ekeko, on retrouve toute la capacité créative du peuple de La Paz, contaminant sa foi à la bourgeoisie pour faire des "Alasitas" la rencontre d’Amitié ou certains vont donner et d’autres recevoir.
Plus qu’un simple folklore, Les "Alasitas" sont un élément vital de la culture andino-aymara et métissée de La Paz. C’est une fête indispensable, sans laquelle l’année ne serait pas complètement terminée. La Feria des Alasitas a beaucoup d’origine mais le dénominateur commun est l’espérance dans la réalisation de ses rêves grâce à l’Ekeko. C’est un retour à l’enfance où l’on imagine ses rêves devenir réalité.
Mais dès la clôture des "Alasitas", les hostilités sont lancées. Vous vous en rendez rapidement compte. Il suffit par exemple d’aller faire son footing au petit matin dans les rues de La Paz. Une bonne bombe d’eau lancée d’un toit ou encore d’un minibus en plein torse vous réveillera pour de bon ! Les risques augmentent à l’approche de la grande fête, le 21 février, date du carnaval dans le monde entier. Difficile d’imaginer cela à Paris : tous les passants vêtus d’un KWAY et d’un parapluie, les fenêtres des voitures bien fermées, sous un soleil de plomb... ?!

Le carnaval ne s’arrête pas non plus le 21 février

Le mardi suivant est dédié à la "Charla ", c’est-à-dire au baptême de tout et de tous. Chacun doit aller baptiser à l’aide d’eau ou d’alcool tous les objets qui lui sont chers : sa voiture, sa maison, lui-même, ses enfants, ses amis. La peur est d’oublier quelque chose car s’il lui arrivait un malheur dans l’année qui suit, ce serait la faute à cet oubli.
Ce qui est impressionnant finalement, c’est la bonne humeur, le bon esprit durant toute la durée des festivités. Le pays fait la fête et sait la faire, des jours entiers, sans jamais s’arrêter.
Sans jamais d’agressivité, dans la joie et sous n’importe quel météo. Un mois de folie pour savourer la vie, célébrer ses dieux, sa famille, imaginer la réalisation de ses rêves. En Bolivie, la fête continue...

Fabrice Pawlak, Terra Andina


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