PEUPLES

Le 8 septembre 1995, l’anthropologue Johan Reinhard découvrait sur les hauteurs du volcan Ampato une momie inca parfaitement préservée, nommée « La Juanita », rendant ainsi célèbre le massif dans les milieux scientifiques.
Il doit cette découverte à l’aide précieuse du volcan voisin, le Sabancaya, dont les éruptions répétées dans les années 90 finirent par faire fondre une partie des neiges éternelles de l’Ampato, libérant ainsi la momie des glaces, 500 ans après... Le volcan Ambato se situe à 80 km au Nord-ouest d’Arequipa, du coté Sud de la vallée de Colca, en pleine Cordillère Volcanique péruvienne.
Cette découverte illustre bien la relation étroite qui existait entre les incas et leurs sommets. Et qui veut appréhender le monde andin dans son ensemble ne peut s’affranchir d’une connaissance de l’histoire globale des peuples de l’Altiplano. Il lui sera nécessaire pour comprendre et aborder certains rites avant une ascension dans la Cordillère : sacrifice d’un lama ou d’un poulet, incantations d’un kallayawa (sorcier) autour d’un feu alimenté d’alcool, de feuilles de coca, de noms des sommets, et d’un zest de mythologie cosmique andine.

Le patrimoine historique des Andes compte parmi les plus riches d’Amérique du Sud. On résume souvent l’histoire de cette région à celle des Incas, réduction injuste et trop rapide.
Aussi, l’absence d’écriture rend difficile les travaux des historiens sur les civilisations précolombiennes et aboutit à des conclusions ou à des chronologies différentes selon les auteurs. Ces derniers devront fouiller les ruines, dépouiller les récits faits par les conquistadors espagnols et tenter d’interpréter les légendes et histoires locales, transmises de génération en génération par les « aymantas », auxquels était dévolu ce rôle chez les Incas. Cette tradition orale constitua la base de l’histoire andine.

aymara

Il est généralement admis que les premiers habitants des Andes furent ceux qui traversèrent le Détroit de Béring, puis qui descendirent peu à peu vers le sud, vers des terres plus hospitalières.
Les premiers andins seraient donc d’origine asiatique. Mais des découvertes récentes indiqueraient une occupation plus ancienne du continent sud-américain.
Il est en fait très plausible que les premiers « andins » fussent d’abord des navigateurs, en provenance d’îles du Pacifique, ce qu’essaya de prouver le Norvégien Thor Heyerdahl à travers les expéditions Kon Tiki dans les années 70 (traversée du Pacifique de la Polynésie au Chili en utilisant les moyens et les connaissances de l’époque).

Vers 3400 ans avant J-C, les habitants de Paracas au Pérou récoltaient des haricots et du coton. Pendant ce temps, dans les Andes, on domestiquait le lama.
Et vers 2400 ans avant J-C, les cultures de maïs et de quinoa se généralisaient sur l’ensemble de l’Altiplano, ce qui encouragea l’avènement de civilisations plus importantes. Celle de Chavin, dans les Andes septentrionales, sera la première d’entre elles. Ce premier ensemble va s’étendre des Andes centrales jusqu’à des régions proches de la forêt amazonienne.
Il subsiste aujourd’hui encore des vestiges de cette époque, comme le lieu de culte de Chavin de Huantar sur le versant oriental de la Cordillère Blanche. La culture Chavin mélange des influences andines et amazoniennes. On trouve dans ses céramiques, par exemple, les trois éléments sacrés : le serpent, le jaguar et le condor. Lesquels ne cesseront d’être présents dans les civilisations qui suivront.

Pendant ce temps, aux abords des Andes se développent deux autres civilisations significatives : - La culture de Nazca, qui atteint son apogée aux alentours du IVème siècle. De nos jours les Nazcas demeurent une civilisation mystique et étudiée, en raison des mystérieuses lignes dont on ne peut comprendre la signification qu’observées du ciel. Certains, bien sûr, y voient des messages pour d’hypothétiques extraterrestres. - La culture Mochica, qui se développe dans le Nord du Pérou. Son principal apport est d’ordre artistique, en particulier dans le travail des céramiques.

Ensuite, au cours du premier millénaire, deux empires importants vont naître et marquer durablement les civilisations andines : Tiwanaku d’abord, puis Huari, qui jusqu’à récemment encore, n’était considérée que comme une civilisation secondaire ou une « branche » de Tiwanaku.

kallawayas

Installé aux abords du lac Titicaca, l’empire de Tiwanaku exerçait sa domination sur une population estimée à 70 000 personnes, et son ordre régnait sur un territoire allant du Sud du Pérou au Nord de l’Argentine. Fondé aux alentours de 600 ans avant JC, l’empire s’éteignit vers 1 200 après JC, vraisemblablement en raison d’une sécheresse de plus de 40 ans qui déstabilisa une économie basée sur l’échange de produits agricoles et d’artisanat.
Tiwanaku a joué un rôle majeur en Bolivie, dans la mesure où ses croyances, ses techniques et ses découvertes, dans des domaines aussi variés que la céramique, la botanique, l’astronomie, ou l’anatomie (les Tiwanacotèques pratiquaient la trépanation !) servirent de base aux futurs occupants des lieux, dont bien sûr les Incas.
On estime hélas que les excavations réalisées jusqu’à ce jour n’ont permis de mettre à jour que 20 % des vestiges tiwanacotèques existants, c’est dire si cette civilisation conserve encore bien des mystères pour nous...

La civilisation de Huari, quant à elle, apparaît un peu plus tardivement, dans la région actuelle andine d’Ayacucho.
A son apogée, l’empire Huari s’étendra de la côte Sud du Pérou à la Cordillère Blanche. Les vestiges de cités Huari, découverts récemment, témoignent de l’importance de ce peuple et du développement de son art (céramique fine, tissages).

A la suite du déclin de ces deux Empires, des seigneuries Aymaras rivales prirent le contrôle de l’altiplano bolivien pendant près de trois siècles, jusqu’à l’arrivée des guerriers incas. Cette période verra l’éclosion de nouvelles civilisations au Pérou et en Equateur : Lambayeque, Chancay, Ica et surtout l’Etat de Chimu dans le nord du Pérou.
Ce dernier édifia une remarquable ville, Chan Chan, organisée en secteurs d’activité et en classes sociales. Ces différents peuples seront ensuite, au fur et à mesure, « absorbés » par les Incas.

D’après la légende, le Dieu Soleil déposa le couple originel, Manco Capac et Mama Ocllo, sur les rives du lac Titicaca, près de l’île du Soleil. Leur mission, une fois sur Terre, était de trouver le Nombril du monde pour y fonder l’empire Inca. Ils partirent en direction du nord et c’est sur le site actuel de Cuzco que leur bâton magique s’enfonça dans le sol, désignant ainsi la fin du voyage et signifiant la naissance de l’Empire.
Derrière cette légende, on peut reconstituer une origine historique : la fin de l’Empire Tiwanaku se situe à la même époque, vers la fin du Xème siècle, et on l’attribue à une longue et tenace sécheresse. Une partie de ce peuple, probablement, dû partir à la quête de nouvelles terres plus clémentes. Il parvint dans les vallées verdoyantes de Cuzco alors que déclinait progressivement la civilisation de Huari.

Seuls subsistaient alors dans cette région de petits groupes rivaux (Sawasiray, Quechuar, Ayamarca, Hualla), que les Incas allaient peu à peu affranchir pour dominer la vallée. Vers 1400, l’Inca Viracocha s’empare définitivement du pouvoir de la région et peut ainsi inaugurer le règne de la dynastie inca, en imposant le culte du Soleil à tous ses vassaux ou alliés. Peu à peu, l’empire prend de l’ampleur, parvient à dominer l’ethnie redoutable des Chanka (dans les Andes Centrales), pour finalement contrôler un vaste territoire. Au Nord, l’armée de Tupa Yupanqui, après avoir pris Cajarmaca, s’empare de la capitale des Chimu, Chan Chan, et pousse la conquête jusqu’à l’actuelle Quito.

tradition

De retour à Cuzco, Tupa Yupanqui, auréolé de gloire, puissant des richesses et des connaissances prises aux différents vaincus, prend le pouvoir à son frère Pachacutec, resté dans la capitale et à qui l’on doit l’extraordinaire organisation de l’empire.
Cuzco est alors une ville de plus de 60 000 habitants, construite autour du temple du Soleil, le Korikancha, entièrement construit en pierres parfaitement ajustées, recouvert d’or, et entouré de jardins décorés de statues en or massif.
On trouve encore aujourd’hui, parfaitement conservés, de nombreux édifices incas, comme le temple de Sacsawayman, lieu de culte en forme de puma, ou encore les sites cérémoniaux de Quenko ou de Tambo Machay. Sans oublier, bien sûr, les trois sites majeurs de l’ère inca, construits dans les alentours de Cuzco : Pisac, Ollantaytambo et le formidable Machu Picchu.

Afin de contrôler et d’administrer leur territoire, les Incas construisirent (ou améliorèrent) un réseau de routes pavées qui sillonnent encore aujourd’hui les Andes. Grâce à elles, transitaient hommes et marchandises, ordres de l’Inca et nouvelles de tout l’Empire, acheminés par les coursiers Chasquis (8 jours seulement de Quito à Cuzco !).
Les Incas, comme toutes les civilisations précolombiennes, ne disposaient d’aucune écriture. Pour garantir le parfait fonctionnement de l’empire, comptabiliser ses ressources et communiquer des décisions, les Incas inventèrent un langage insolite : le Quipu. Le Quipu se présente comme une cordelette colorée de nœuds. La signification d’un Quipu dépend de la position des noeuds, de la couleur et de la grosseur du brin.
Cette méthode commune de comptage, une langue commune (le Quechua, parlé encore par 7 millions de personnes, au Pérou, en Equateur, et en Bolivie principalement), un culte commun (Inti, le Soleil), et un vaste réseau de routes et de messagers (les Chasquis) assureront finalement la cohésion de l’Empire jusqu’à sa chute. L’extension de l’Empire se poursuivit par l’annexion de territoires au sud de Cuzco, en Bolivie, au Chili, et jusqu’aux portes de l’Argentine actuelle. L’Inca Tupa Yupanqui fut finalement assassiné en 1493, laissant l’empire à son apogée.

Le dernier Inca, l’empereur Hayna Capac, meurt en 1528 dans la nouvelle capitale Tumipampa, en Equateur. Il laisse alors un empire à la merci de la rivalité entre ses deux héritiers, les frères Atahualpa (clan du nord) et Huascar (clan de Cuzco, descendant de la lignée Pachacutec). Une guerre fratricide, au cours de laquelle périra Huascar, ne pourra être évitée.

Au même moment, l’espagnol Francisco Pizarro, ses 180 soldats et 40 chevaux débarquent à Tumbes et se lancent à la conquête du plus vaste empire du continent.
Pizarro, en fin stratège, rallie les peuples hostiles à Atahualpa et se dirige vers l’armée du dernier Inca. Au cours de leur première rencontre, Atahualpa, peu méfiant, se laisse capturer par les Espagnols qui l’exécuteront peu après, malgré le versement d’une énorme rançon en or et en argent. Après de rudes combats, Pizarro s’empare de Cuzco. Le temps des Incas est compté.

Fabrice Pawlak, "sommets Incas", edition Glenat.

« Dès 1545, les Espagnols commenceront à exploiter les fabuleuses richesses des mines de Potosi. Les maladies apportées par les envahisseurs et les conditions de travail quasi-esclavagistes décimèrent les populations locales, dont les cultures ne surent totalement résister aux pressions exercées au plan religieux par les nouveaux maîtres. »
Eduardo Galeano, les veines ouvertes de l’Amérique latine


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