Retour aux sources

Entre désert et dunes, plages sauvages et lieux d’Histoire, la côte nord du Brésil s’offre, sur parfum d’aventure, aux amoureux des terres vierges Un ruban infini de sable blanc. Dans un angle de 180 degrés, rien. Si ce n’est deux cochons noirs errant sur la plage, quelques cabanes de pêcheur, une rangée de palmiers décoiffés par le vent. Et, pour seule musique, le ressac de l’océan Atlantique. Telle est la pureté originelle de la côte nord-est du Brésil.

Sur des centaines de kilomètres, de Fortaleza à São Luis, le pays-continent dévoile sa beauté la plus innocente. La plus modeste aussi. Car, parmi les neuf Etats du Nordeste - où le Brésil prit historiquement ses racines - ceux du Ceara, du Piaui et du Maranhão sont au nombre des plus démunis. Reste que le gouvernement de Lula entend désormais tirer profit des richesses naturelles de cette région. Et, grâce au tourisme florissant, stimuler son économie atone. A terme, l’objectif serait même de faire de la zone située entre le village balnéaire de Jericoacoara et le parc national des Lençois Maranhenses - soit près de 600 kilomètres de côte quasi vierge - la première destination touristique du pays.

Depuis le début des années 2000, les visiteurs sont de plus en plus nombreux à goûter, loin des foules des plages de l’est, au parfum de l’aventure. Sur les dunes du Ceara, les expéditions en 4 X 4 ou en buggys (voitures tout-terrain à carrosserie ouverte) affichent complet.

Les étrangers (Italiens, surtout) investissent à tour de bras dans les terrains de la côte, multipliant le nombre de pousadas et d’hôtels-resorts. Les autorités fédérales améliorent les routes, de nouvelles liaisons aériennes se développent. D’ici à octobre, l’aéroport de Parnaiba, la capitale du Piaui, devrait lui aussi accueillir des vols internationaux. Résultat ? Des zones enclavées, riches de merveilles insoupçonnées, tendent enfin leurs bras aux amoureux des grands espaces. Première étape : quitter le port de Fortaleza pour prendre place à bord d’un 4 X 4 ou d’un buggy, foncer vers l’ouest en direction de l’équateur, des grandes marées et des plus beaux couchers du soleil.

Cap sur Jericoacoara. Le deuxième nom du paradis pour tous les Brésiliens branchés. S’y rendre constitue déjà un exploit. La route principale s’arrête 30 kilomètres avant, à Jijoca. Il n’existe donc que deux façons d’atteindre l’endroit : les dunes ou la plage. Jericoacoara - littéralement, « le caïman couché sous le soleil » - sert aussi de nom au parc national de 8 416 hectares.

Un désert de sable et de lagons, peuplé d’ânes et de moutons, dont l’oasis se nomme Jeri. Village tropical au bord d’une plage classée parmi les plus belles du monde, 1 800 âmes, trois rues - celle de la boulangerie, celle de la plage et celle du forro (une musique et une danse en couple typique du Nordeste) - plus une centaine de pousadas. Elles n’étaient qu’une dizaine il y a quinze ans, à l’heure où l’endroit n’était encore connu que d’une poignée d’initiés et où les habitants s’éclairaient aux lumières à gaz.

Depuis 1999, Jeri possède l’électricité, mais il est toujours de rigueur de lézarder, pieds nus, dans ses ruelles ensablées, qui, toutes, convergent en un même point : la grande dune, face à l’océan. En un rituel immuable, le village s’y donne rendez-vous, chaque soir, à l’heure du coucher du soleil. Le prétexte à tous les jeux : course, surf, ski bunda (« luge ») ou saltos, spécialité d’Amarildu, 34 ans, une star locale surnommée… « das Dunas ». Un peu plus loin se joue la capoeira, autant une attraction pour touristes qu’une religion pour ceux qui la pratiquent dans le respect de l’autre et de la nature. Volontiers rebelle ici.

Entre lagons et dunes, un paradis pour l’écotourisme

A quelques kilomètres, plantée derrière le comptoir de sa petite cahute sur le sable, Delmira, 47 ans et les lèvres fardées de rouge, est intarissable sur l’histoire mystérieuse de Tatajuba, son village englouti par les dunes mouvantes. « En l’espace de quinze ans, tout a disparu. Les habitants se réveillaient tous les matins avec du sable devant leur porte, qu’ils devaient enlever à la pelle. L’église a été la dernière à disparaître, en 1982 », explique-t-elle en montrant du doigt une photo du site jaunie par le temps.

Depuis, Nova Tatajuba a été édifié quelques dunes plus loin et son peuple de pêcheurs coule de nouveau des jours paisibles. Grâce au passage des buggys, le port de Camocim, à 30 kilomètres de Jericoacoara, le long du Rio Coreau, retrouve aussi peu à peu ses couleurs. Dans les années 1970, il fut le premier port du Nordeste, avant d’être évincé par Fortaleza. En quarante ans, le nombre de ses habitants a chuté de 160 000 à 60 000 personnes. Mais le succès des expéditions en 4 X 4 à partir de Jeri pourrait faire de Camocim une étape touristique de plus sur la côte. « Entre les multiples lagons d’eau douce et les dunes vierges, la région entière est un paradis pour l’écotourisme », insiste Ugo Covin, directeur de Boa Vista, un resort de 123 chambres qui devrait bientôt doubler sa capacité.

Le véritable sanctuaire écologique se trouve de l’autre côté du delta de Parnaiba, dans l’Etat voisin du Maranhão : au parc national des Lençois Maranhenses. En portugais, lençois signifie « draps ». Jolie métaphore pour désigner le mouvement voluptueux de ces dunes : 115 000 hectares de blancheur virginale, surnommée « le Sahara brésilien ».

A la différence près qu’il pleut, dans ce désert, 300 fois plus qu’en Afrique ! Résultat : entre mai et septembre, les lagons, gorgés d’eau de pluie, se transforment en des centaines de piscines miraculeuses. « Le plus grand fait au moins la taille de six ou sept terrains de foot », estime le guide Maceo, du haut de ses 16 ans. Difficile d’en être certain, car 80% de ce territoire reste encore à explorer.

La plupart des excursions s’effectuent à la lisière des « Petits Lençois », le long des 280 kilomètres du nonchalant Rio Preguiças, de ses impressionnantes forêts de mangroves et de ses petits villages en chapelet. A Vassouras, on observe les singes, les caburé (oiseaux du désert) et les guaras, ces échassiers devenus rouges à force de se nourrir de crabes. A Mandacaru, on écoute les enfants récitant l’histoire de leur village à la façon d’une comptine. A Caburé, coincé sur un banc de sable entre le fleuve et l’océan, on oublie tout simplement le monde. São Luis, africaine, portugaise et... française

Il y a encore deux ans, il fallait compter de dix à douze heures de route pour rejoindre, à partir de Barreirinhas - le point de départ des expéditions dans les Lençois - la capitale, São Luis du Maranhão. Deux heures et demie suffisent aujourd’hui pour gagner cette ville solaire. A la fois portugaise par son architecture, africaine par sa population et… française de naissance. A cause d’un certain Daniel de la Touche, qui, parti en 1612 de Cancale avec l’espoir de fonder la France équinoxiale, baptisa la cité « Saint-Louis du Maranhão », en hommage à Louis XIII. De la France, il ne reste plus que ce nom, latinisé.

Du Portugal demeurent en revanche près de 3 500 sobrados, ces grandes maisons recouvertes d’authentiques azulejos, classées depuis 1997 au Patrimoine de l’humanité. « São Luis possède le bâti architectural le plus riche d’Amérique latine », rappelle Sergio, l’un des guides de la cité. Reste que cette dernière mériterait un sérieux coup de peinture. Malgré les quelques efforts de restauration, comme le Projeto Reviver, dans le quartier des anciens docks de Praia Grande, le centre historique arbore des centaines de façades délabrées et de maisons coloniales dévorées par des plantes sauvages. Un théâtre de désolation si l’usure du temps n’avait pas donné à l’ensemble cette inimitable beauté fanée des vieilles cités en ruine.

La nuit, les sons langoureux du reggae s’insinuent dans les ruelles de cette belle indolente, surnommée « la Jamaïque du Brésil ». La capoeira s’y joue version angola, avec lenteur et spiritualité. A l’image de toute la ville, remplie de lieux de culte, d’églises baroques, de chapelles manuélines et de boutiques de candomblé, cette religion afro-brésilienne héritée des premiers esclaves.

Pour capter l’âme de São Luis, rien ne vaut le mois de juin, quand la ville s’embrase pour célébrer le bumba meu boi, un rituel païen inclassable mêlant les références catholiques, la danse et la musique africaines ainsi que le chamanisme indien. Nul part mieux que dans cette ambiance de liesse, on n’entendra battre, au rythme trépidant des tambours, le cœur des Brésiliens.


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