La tradition

Le terme « Chachapoyas » désigne une province de l’actuel département d’Amazonas, au Pérou, mais aussi la capitale de ce même département. D’un point de vue archéologique, on définit généralement par « chachapoya », appellation qui apparaît dans les textes espagnols et métisses des XVIème et XVIIème siècles comme un nom générique pour désigner une province de l’Empire inca, un ensemble de populations, organisées en curacazgos, qui partageaient de nombreux traits culturels dans leur architecture, dans leur iconographie architecturale, dans les formes et décorations des céramiques, mais avaient des schémas funéraires différents. Ces traits culturels communs, en raison de leur apparente unité, sont regroupés dans la littérature scientifique sous les termes « tradition » ou « culture archéologique » chachapoya, en référence au nom générique que nous transmettent les chroniques (Gracilaso de la Vega (1609), 2004). A la lumière des travaux archéologiques et des premières descriptions de la région des Chachapoya contenues dans les textes ethno historiques, notamment dans l’ouvrage de Garcilaso de la Vega ((1609), 2004), nous savons que cet ensemble de populations occupait une zone enserrée entre les ríos Marañón et Huallaga, au niveau des départements d’Amazonas, de La Libertad et de San Martín. Cette tradition s’établit dans toutes ses composantes aux environs de 700 après J.-C. et perdura jusqu’en 1470 après J.-C. (I. Schjellerup, 2005), date à laquelle les Incas réalisèrent la première conquête et colonisation de la région sous l’impulsion de Tupac Yupanqui, le descendant et successeur de Pachacutec.
En dépit de la richesse archéologique qui caractérise le territoire où s’est diffusée la tradition chachapoya, très peu d’études systématiques furent entreprises. Les vestiges préhispaniques sont mentionnés pour la première fois par les personnalités locales et les voyageurs explorateurs du XIXème siècle, attirés dans le département d’Amazonas à la suite de la découverte, en 1843, du site de Kuelap, tel que le naturaliste italien A. Raimondi, l’anthropologue français P. Vidal Senèze ou bien encore l’archéologue suisse A. F. Bandelier.
À cette approche purement descriptive, se substitueront, à partir du début du XXème siècle, les premières recherches archéologiques qui couvriront l’ensemble de la région chachapoya, principalement à l’initiative du général français L. Langlois. Lui succèderont les époux Reichlen, les archéologues péruviens H. Horkheimer, D. Bonavia, A. Ruiz Estrada, F. Kauffmann Doig, A. Narvaez Vargas ou bien encore I. Schjellerup et W. Church.

Contexte géographique

L’espace géographique où se développa la tradition chachapoya appartient au versant oriental des Andes nord péruviennes. Il se caractérise par un paysage de forêts d’altitude établies sur des montagnes essentiellement de formation calcaire qui offrent ainsi aux eaux de pluie un terrain de facile érosion. Il en résulte un fort taux d’incision, dû aux précipitations et aux soulèvements des montagnes jeunes, accentué par une forte érosion fluviale et glaciaire qui creuse de profondes vallées en forme de V et de U, telle celle de l’Utcubamba. Le très important réseau hydrographique se regroupe en deux collecteurs principaux, l’Huallaga et le Marañón, qui font partie du système hydrographique du fleuve Amazone, né de la jonction du Marañón et de l’Ucayali.
Dans son ensemble, cette région se caractérise par des différences d’altitude et par une pluralité écologique qui regroupe une variété d’écosystème, depuis le bosquet sec tropical le long du Marañón, la jalca ou pâturages d’altitudes (pajonal), zone de production de la pomme de terre, les vallées tempérées andines et la Ceja de selva, ou bosquet montagneux humide. Cette dernière est une zone marginale, au relief escarpé couvert d’une épaisse végétation sylvestre. Le climat y est influencé par les vents dominants apportant la pluie depuis la plaine amazonienne, et par des différences d’altitude qui produisent une riche variété de micro-environnements. Les nuages s’infiltrent dans les vallées interandines créant un milieu tropical de forme modérée. Les montagnes sont souvent enveloppées dans le brouillard, ce qui a pu donner le nom de « peuple des nuages » aux Chachapoya. Chacha étant l’appellation de la population à l’origine du nom de la tradition ; puyu signifiant « nuage » en quechua. C’est une des zones les plus difficiles du territoire andin, à la topographie accidentée.

Contexte archéologique

Les sites d’habitat s’établissent en majorité sur des promontoires rocheux, les sommets calcaires et les versants des montagnes et, pour un petit nombre d’entre eux, dans les vallées des régions de haute altitude. Ils se définissent par des établissements essentiellement composés de terrasses superposées qui permettent de niveler le terrain sur lesquelles sont érigées des structures d’habitat de plan circulaire et ovoïde, dont les parois internes sont généralement aménagées de niches. Ces bâtiments sont mélangés à un très petit nombre de structures de plan quadrangulaire. Le matériau de construction est la pierre, souvent calcaire, grossièrement équarrie, unie par un mortier argileux. La circulation entre les différents édifices et les différents niveaux s’effectue au moyen de ruelles et d’escaliers, donnant parfois accès à de petits espaces ouverts pouvant être dallés. Des canaux de drainage permettent l’évacuation des eaux de pluie. Parfois, les constructions sont érigées sur une base de même plan, comme à Kuelap ou Olán. La séparation entre les deux niveaux est marquée par une corniche périmétrale. Sur leur parement extérieur, certains édifices sont décorés de frises géométriques composées de pierres disposées de manière à former des motifs en dents de scie, ou zigzags, des motifs rhomboïdaux, des grecques et des damiers. Cette décoration se retrouve sur les murs de contention des terrasses, sur le parement extérieur de la partie habitable des édifices et/ou sur le soubassement. La couverture des bâtiments circulaires et ovoïdes est mal connue mais est supposée de forme conique et en matériaux périssables.
Si l’on décèle une certaine homogénéité - ou unité - dans les sites d’habitat, en revanche, les sites funéraires revêtent des aspects différents et sont essentiellement représentés par des ensembles de sépultures, disposées généralement à flanc de falaise, composées de sarcophages ou de mausolées – chullpas –.
De nombreux établissements sont entourés de terrasses agricoles. Les populations préhispaniques possédaient un mode de subsistance fondé, principalement, sur la chasse et sur l’agriculture, notamment sur les cultures de la pomme de terre et du maïs. Des voyages pouvaient s’effectuer entre les zones élevées et celles plus tempérées pour se procurer de la coca, des fruits mais aussi du coton. Cette stratégie adopte le schéma de verticalité permettant ainsi d’avoir accès à différents produits en fonction de l’étage écologique. La production céramique était peu spécialisée, en grande partie domestique, possédant un décor de bandes appliquées ondulées. Ces populations avaient un faible niveau d’échanges à l’échelle régionale et ne semblent pas avoir participé à un large contexte socio-économique andin. L’organisation sociale était fondée sur des groupes indépendants capables de se rassembler en cas de conflits extérieurs. À partir de 1470 après J.-C., la conquête et la colonisation inca introduisirent des modifications dans l’organisation sociale et, probablement, la religion et la langue de l’Empire. De nouveaux plans architecturaux et de nouveaux établissements apparaissent, tel le centre administratif de Cochabamba à l’architecture impériale du Cusco, dans le département d’Amazonas.
Le poids de cet écrasant impact rend d’autant plus difficile la dissociation entre le préinca et l’apport Inca dans les domaines de la linguistique, de l’iconographie - à la signification encore méconnue -, de la religion et des traditions funéraires.

Extrait de :

Fabre, O. - 2008 « Carpona, site funéraire chachapoya et inca ». Archeologia, n° 453, pp. 50-57.


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